programme colloque
« Vivre avec : une utopie pour la gestion sanitaire des animaux et des plantes en agriculture ? »
8h30 – 9h00 Accueil café
9h00 – Ouverture officielle par M. François Pierrot, Vice-Président Recherche de l’UM
Présentation de la thématique scientifique du séminaire : Muriel Figuié (CIRAD, UMR MOISA, CTS SantéS) et Diana Fernandez (IRD, UMR PHIM, CLAPAS)
Animation : Christine Chevillon (CNRS, UMR MIVEGEC)
9h30 – Jean-Benoit Morel (INRAE, UMR PHIM)
Les terrasses rizicoles du Yuanyang, un cas exemplaire de gestion durable de la résistance aux agents pathogènes
Le projet « Riz Eternel » vise à comprendre comment la diversité des variétés de riz dans les terrasses millénaires du Yuanyang, en Chine, contribue à la résilience durable de cet agrosystème face aux pathogènes, afin d’en tirer des enseignements pour les systèmes agricoles tempérés. Cette région, connue pour ses nombreuses variétés traditionnelles, révèle une diversité des systèmes immunitaire des plante, source de durabilité de la résistance. Les « variétés » locales, en réalité des populations génétiquement hétérogènes pour la résistance aux maladies mais homogènes pour les caractères agronomiques, empêchent l’adaptation du pathogène, assurant une durabilité séculaire. Cependant, l’adoption massive d’une seule variété à partir de 2015 a réduit cette diversité, entraînant une recrudescence des maladies et confirmant l’importance cruciale de cette diversité. Ces découvertes guident désormais la recherche sur les niveaux de diversité nécessaires pour des agrosystèmes durables et inspirent des initiatives comme le projet « Mobidiv », qui cherche à mobiliser la diversité du blé pour réduire l’usage des pesticides en France.
Jean-Benoit MOREL (INRAE, Plant Health Institute of Montpellier, France)
Je suis physiologiste végétal et j’ai consacré la majeure partie de ma carrière à l’étude de l’immunité chez les céréales et à la manière dont l’environnement peut moduler ce processus central. Mes recherches visent désormais à comprendre comment les voisins intraspécifiques modulent l’immunité, car nous avons récemment démontré qu’ils ont un impact important sur la résistance aux maladies. Nos approches reposent principalement sur la biologie moléculaire et la génétique pour analyser les mélanges intraspécifiques dans des conditions contrôlées.
9h45 – Marie-Thérèse Morrisson (CIRAD, UMR ABSys / UR GECO)
Quand la santé se négocie : des indicateurs intégratifs pour comprendre la complexité des systèmes agroforestiers et envisager les compromis entre services et disservices écosystémiques
Résumé :
Construire des agroécosystèmes en bonne santé, s’appuyant sur l’agrobiodiversité, nécessite une meilleure compréhension des interactions entre pratiques agricoles, processus écologiques et fourniture de services et de disservices écosystémiques. Ces interactions induisent des dynamiques souvent non-linéaires et difficilement prévisibles, ce qui complique l’anticipation et la mise en œuvre des pratiques agricoles. Afin de faciliter l’évaluation de ces systèmes et d’appuyer la prise de décision, il apparaît nécessaire de développer des indicateurs simples, fiables et peu coûteux, capables de rendre compte des réponses issues de ces interactions. Des indicateurs intégratifs permettraient ainsi de synthétiser plusieurs dimensions ou variables pour représenter la complexité des agroécosystèmes. Atteindre cet objectif implique de dépasser le cloisonnement disciplinaire entre les sciences écologiques, agronomiques et sociales, et d’adopter une approche systémique favorisant l’implication des agriculteurs et la prise en compte de leurs savoirs. Dans cette perspective, l’approche salutogénique invite à considérer l’ensemble des composantes des agroécosystèmes et à s’inscrire dans un paradigme où les disservices sont reconnus comme faisant partie intégrante du fonctionnement des agroécosystèmes, l’enjeu étant alors de concevoir des systèmes capables de maintenir un équilibre entre services et disservices. L’objectif de nos travaux a été d’identifier des indicateurs permettant une meilleure évaluation de la santé des cacaoyers. Nos résultats montrent que l’agrobiodiversité agit sur la santé des cacaoyers à travers deux voies d’action : l’accès aux ressources et la régulation des bioagresseurs. Elles dépendent de la structure de l’agrobiodiversité, dont les caractéristiques peuvent exercer des effets antagonistes sur ces deux voies d’action. Cela invite à envisager des compromis entre services et disservices lors de la conception d’agroécosystèmes durables.
Présentation : Marie-Thérèse Alloua Morrisson est une jeune chercheuse, récemment docteure de l’Institut Agro Montpellier et de l’Université de Montpellier. Ses travaux de thèse, réalisés sous la direction de Stéphane De Tourdonnet, Clémentine Allinne et Martin Notaro, développent une approche originale et innovante de la santé des plantes. Ils s’appuient sur une conception salutogénique de la santé, rompant avec les cadres pathogéniques classiques, et sur une analyse interdisciplinaire des systèmes agroforestiers.
11h00-11h30 Pause café
Animation : Diana Fernandez (IRD, UMR PHIM)
11h30 – Dorian Nicolle (INRAE, UMR-Innovation/AGIR)
Humains, microbes, animaux : expériences de symbiose comme remède aux boiteries bovines dans les infrastructures laitières du Massif Central
Cette présentation propose une anthropologie des endémies, au regard d’une maladie bovine (dermatite digitée), dans les élevages laitiers du Massif central. Elle s’attache à montrer comment certaines pratiques et changements d’échelle de la production ont rendu des biologies à devenir férales et responsables de pathologies : de bactéries commensales à pathogènes. Alors que le récit des sciences animales traduit une résignation face à la résistance de ces endémies dans les élevages, contraignant les éleveurs et les animaux à « vivre malgré elles », cette présentation mettra en lumière des pratiques d’élevage à petite échelle, fondées sur la réparation des écologies, où éleveurs et animaux parviennent à échapper à ces proliférations. Elle tentera ainsi d’apporter des clés de compréhension et d’action pour reconstruire un vivre ensemble au travail entre éleveurs, animaux et microbes, et pour reconstruire des pratiques d’élevage qui soient viables pour chaque espèce.
12h15 – Cindy E. Morris (INRAE, UR Pathologie Végétale) :
La Santé des Plantes – un socle pour One Health
L’histoire des sciences végétales illustre leur riche contribution aux concepts relatifs au « oneness » de la santé des plantes, des animaux et des humains. Ces concepts constituent les fondements de la recherche et du développement en matière de sécurité alimentaire sous l’égide de l’agroécologie et de la durabilité. Néanmoins, ils sont largement ignorés par les initiatives modernes « One Health » et, paradoxalement, contribuent à la place relativement vague et discrète de la santé végétale dans ces initiatives. Dans cette présentation, j’expliquerai comment des pratiques One Health durables pour les plantes, les animaux et les humains nécessiteront la reconnaissance et l’adoption de pratiques liées à la gestion des sols, un pilier de l’agroécologie et dont les principaux garants sont l’ensemble des acteurs de la production végétale.
Pour plus de détails :
Morris C.E., Radici A., Meynard C.N., Sauvion N., Nedellec C., Geniaux G., Soubeyrand S. 2024. More than food: why restoring the cycle of organic matter in sustainable plant production is essential for the One Health nexus. CABI Reviews 19:1 https://doi.org/10.1079/cabireviews.2024.0008
Morris C.E., Géniaux G., Nédellec C., Sauvion N., Soubeyrand S. 2022. One Health concepts and challenges for surveillance, forecasting and mitigation of plant disease beyond the traditional scope of crop production. Plant Pathology 71, 86– 97. https://doi.org/10.1111/ppa.13446
Biographie :
Cindy Morris est directrice de recherche à l’unité de Pathologie Végétale à Avignon où elle travaille depuis 1989. Ses recherches portent sur l’écologie microbienne afin d’élucider comment l’adaptation des micro-organismes à leur habitat a deux effets apparemment contradictoires sur l’environnement : leur capacité à i) provoquer des maladies, en particulier des maladies émergentes, et à ii) jouer un rôle bénéfique dans des phénomènes environnementaux majeurs tels que le cycle de l’eau. Ces orientations ont conduit à des travaux sur la surveillance des maladies via le ciblage des voies de dissémination à longue distance et l’évolution des agents pathogènes des plantes dans leurs habitats non agricoles. Des informations détaillées sur ses travaux et ses publications sont disponibles à l’adresse suivante : https://cv.hal.science/cindy-e-morris
13h00 – 14h00 Déjeuner buffet
Animation : Muriel Figuié (CIRAD, UMR MOISA, CTS SantéS)
14h00 – Gaël Thébaud (INRAE, UMR PHIM)
Vivre avec un agent pathogène et vivre ensemble : difficultés liées à la transmission de la sharka entre vergers proches.
Dans certaines situations, les modalités choisies par un individu pour vivre avec un bioagresseur n’ont pas d’impact sur autrui. L’optimum collectif est alors aligné avec l’optimum pour chaque individu. Il est cependant plus fréquent que les actions entreprises ou non par un individu pour gérer « ses » bioagresseurs aient des conséquences sur les individus auxquels il est connecté, et notamment ses voisins. La façon de vivre avec un bioagresseur a alors des conséquences sur le vivre ensemble. C’est notamment le cas pour la sharka, une maladie virale touchant les Prunus (pêchers, pruniers, abricotiers) et transmise par pucerons. Ceux-ci se déplaçant dans le paysage, ils propagent le virus entre arbres proches, mais aussi entre parcelles proches, que celles-ci appartiennent à un même arboriculteur ou à des arboriculteurs différents. Les effets associés à la décision de gérer ou non la virose ont été étudiés à l’aide d’un modèle épidémio-économique simple analysé dans le cadre de théorie des jeux. La maximisation des bénéfices individuels aboutit à une grande variété d’effets stratégiques contre-productifs pour les voisins et globalement pour la gestion de la maladie. Deux types d’intervention ont été étudiées dans l’optique d’aligner les intérêts particuliers avec l’intérêt général : la subvention et la réglementation.
Référence :
Martinez C., Courtois P., Thébaud G., Tidball M. 2024. The private management of plant disease epidemics: Infection levels and social inefficiencies. European Review of Agricultural Economics 51(2): 248-274. https://doi.org/10.1093/erae/jbae009
Gaël THÉBAUD (INRAE, Montpellier)
Gaël Thébaud est directeur de recherche à l’unité PHIM à Montpellier où il travaille depuis près de 20 ans. Ses recherches visent à comprendre l’épidémiologie des pathogènes végétaux transmis par insectes, et en particulier la sharka. Ses travaux dans le domaine de l’épidémiosurveillance ont permis de quantifier les paramètres de la propagation sur cette maladie virale, et ont contribué à la redéfinition des modalités de gestion collective de cette virose. Ses projets récents, menés en collaboration avec des collègues économistes, explorent les conséquences épidémiologiques et économiques de différents modes de gestion collectifs et individuels des épidémies.
14h45 –Marc Barbier (INRAE, UMR LISIS)
Expérimentations de gestion collective pour vivre avec la flavescence dorée de la vigne
Résumé :
Maladie répandue et incurable sur vigne, la flavescence dorée fait l’objet de mesures de contrôle obligatoires dont l’efficacité repose sur l’action collective et l’implication active des viticulteurs. En France, depuis deux décennies, des collaborations de longue durée entre praticiens et chercheurs de diverses disciplines ont progressivement façonné un ensemble d’expériences sociotechniques visant une viticulture durable pour la gestion de la flavescence dorée.
La collaboration continue avec les professionnels de la viticulture a facilité de nombreuses expérimentations et des essais sociotechniques. Ces efforts ont progressivement développé une capacité de réflexion critique, permettant la mobilisation d’un large éventail d’acteurs impliqués dans la gestion de la flavescence dorée. Cette présentation rendra compte de la co-construction interdisciplinaire des savoirs pour l’action dans la gestion collective de la flavescence dorée.
Marc Barbier est directeur de recherche à l’INRAE. Il a été récemment directeur de l’Institut de recherche pour l’innovation et la société (IFRIS). Il est également fortement impliqué dans la rédaction de la Revue d’anthropologie des connaissances. Ses recherches et travaux contribuent aux champs des études sociales des régimes de savoir et des études organisationnelles, avec un intérêt particulier pour les maladies émergentes dans le cadre du concept « Une seule santé ». Il s’intéresse notamment à la gouvernance des transitions vers la durabilité et aux enjeux de la déstabilisation des régimes sociotechniques face aux défis de l’anthropocène.
lien – page: https://orcid.org/0000-0002-9868-7546
15h30 – Géraldine Coronado-Pertriaux (UMR MOISA)
Les leçons de l’échec de l’éradication du petit coléoptère des ruches à la Réunion
Résumé :
En Juillet 2022, le petit coléoptère des ruches est détecté pour la première fois sur l’île de la Réunion. L’arrivée de ce parasite « à éradication obligatoire » donne lieu au déploiement, par le ministère de l’Agriculture, de dispositifs biosécuritaires conduisant à la destruction totale des ruchers touchés. Au fil des mois, un nombre croissant d’apiculteurs s’oppose à cette stratégie autoritaire menée depuis Paris et basée sur les seuls savoirs experts. Brouillant sans cesse les pistes entre sauvage et domestique, l’abeille réunionnaise bouscule quant à elle les dispositifs en œuvre et les catégories d’action publique sur lesquels ils reposent. La stratégie d’éradication est finalement abandonnée en juillet 2023, au profit d’une stratégie du « vivre avec » confiée aux organisations apicoles locales. Considéré au sein du ministère de l’Agriculture comme un échec d’action publique, le cas réunionnais donne pourtant de précieuses pistes pour faire exister le « vivre avec » comme une modalité alternative d’action publique plus solidaire du vivant.
Dans ma présentation, je propose une lecture critique de l’éradication et envisage le « vivre avec » au prisme de l’action publique, au travers des dispositifs, des acteurs et des savoirs qu’ils mobilisent, mais aussi des rapports au vivant qui le sous-tendent.
Présentation individuelle :
Vétérinaire de formation initiale, mon parcours professionnel se situe à la croisée entre pratique de terrain, action publique au sein du ministère de l’Agriculture et recherche en sociologie de l’action publique au Cirad. Mon parcours s’inscrit en France métropolitaine, en Outre-Mer et, depuis octobre 2025 en Afrique australe, où j’ai rejoint l’Organisation mondiale de la santé animale.
Ma contribution est issue de mes travaux de thèse débutés en 2022 au Cirad, au sein de l’UMR MoISA. Mettant à profit l’originalité de mon positionnement d’inspectrice de santé publique vétérinaire et de doctorante en sociologie de l’action publique, j’y analyse la remise en cause de l’éradication comme stratégie de gestion en santé animale. Croisant les apports de la sociologie de l’action publique et d’une littérature plus attentive au vivant, je questionne le « vivre avec » comme une modalité alternative d’action publique plus solidaire du vivant.
16h15-16h45 Pause café et Stand Editions Quae
animée par Aurélie Binot (CIRAD, MSH SUD)
17h45- Propos de clôture par David Gomis (Montpellier Métropole)
Pause & Stand Editions Quae
conférence grand public
18h30 – conférence de M. Jacques Tassin (CIRAD) : ‘Les plantes invasives : un perpétuel ajustement à notre monde’.