Colloque de l’initiative-clé CLAPAS et du CTS santéS cirad

Présentation

Dans différents champs disciplinaires, comme dans différents champs d’intervention, on observe une convergence de démarches visant à développer de nouvelles formes d’attention aux vivants non-humain (animaux, plantes) comme à d’autres composantes de l’environnement (rivière, montagne…). Ces nouvelles formes d’attention reflètent la prise de conscience accrue d’une dépendance des sociétés humaines à leur environnement (qui se traduit par les concepts de services écosystémiques, One Health…) et du risque de dépassement des limites planétaires (avec le concept de Planetary Health).

Dans le domaine agricole, la gestion des maladies animales et végétales comme celle des espèces invasives reposent depuis le milieu du XXème siècle sur des stratégies dominantes d’éradication à l’échelle de l’exploitation agricole ou au-delà (usage de biocides, mesures de vaccination, abattage, restrictions de circulation, etc.) dont l’objectif est de « vivre sans » les organismes causant des pertes de production agricole (nommés bioagresseurs, ennemis des cultures, organismes nuisibles, parasites au sens large ou au sens strict, pathogènes, etc.). Cet arsenal biosécuritaire vise à se rapprocher des normes de production établies ex situ ou dans des agrosystèmes simplifiés (plantation industrielle, élevage hors-sol).

Mais ces stratégies reposant sur une « guerre au vivant » sont de plus en plus remises en question par une partie du public et des acteurs du monde agricole, heurtés notamment par la violence des modalités de gestion sanitaire des pathogènes et organismes nuisibles réglementés : abattage de troupeaux, arrachage de parcelles de plantes pérennes, épandage d’insecticides (cas de la grippe aviaire, dermatose nodulaire, sharka, flavescence dorée, insectes invasifs…). Ces modalités sont également interrogées à la lumière de la récurrence des crises sanitaires en agriculture (Lannou et al. 2023), vues comme le produit de la modernité agricole (augmentation des introductions intercontinentales, sélection pour la productivité au détriment de la rusticité, uniformisation génétique).

En outre, l‘efficacité des mesures de gestion mises en œuvre est en permanence menacée par la capacité d’évolution des organismes visés (résistance aux biocides, contournement de résistances variétales). Ces mesures peuvent aussi générer elles-mêmes des risques sanitaires, « boomerang de la modernité » (Beck 1986), qui élargissent le défi du « vivre avec » à celui de vivre avec les polluants (parfois éternels, dans une nouvelle nature férale (Tsing 2025), et de « gouverner un monde toxique» (Boudias et Jas 2019).

En réponse, se sont multipliées des initiatives s’appuyant sur des solutions basées sur (plutôt que contre) la nature, une gestion de la santé animale et végétale fondée sur une alliance avec le vivant, des systèmes de production moins performants à court terme mais aussi moins vulnérables. A l’instar des philosophes penseurs du vivant (Latour, Descola…), elles invitent à reconsidérer notre rapport à la nature sans négliger les impératifs matériels de production (Rigoulet et Bidet 2023) et de santé publique. Les moyens pour parvenir à cette écologisation de la santé ne sont pas seulement techniques ; ils supposent de reconsidérer les arbitrages politiques entre des objectifs relevant de la préservation de la production et de l’environnement, du bien-être humain et animal, de l’économie et du commerce, etc.

Ce colloque invite à réfléchir à ces enjeux autour de travaux de recherches et d’expériences concrètes qui permettent de penser la santé en agriculture dans une perspective de soins aux vivants.


publics concernés

Le colloque s’adresse aux membres de la communauté scientifique, de toutes disciplines, investis ou intéressés par les enjeux de santé agronomique (agriculture, élevage), en lien avec les enjeux environnementaux et sociétaux.

En fin de journée, une conférence ouverte au grand public est proposée autour de la problématique des plantes invasives.

Pour faciliter les échanges et la convivialité, des pauses café et un buffet de déjeuner seront prévus dans la journée. L’inscription est obligatoire pour l’accès et nous permettre d’ajuster au mieux les quantités.


programme prévisonnel

Matin

8h45-9h00 Accueil café

Propos introductifs par les organisateurs

Présentation de la thématique scientifique du séminaire

Session 1.  Ecologiser les pratiques de gestion de la santé en agriculture

Session 2. Repenser les systèmes de production agricoles, au-delà de la transition

Après-midi

Session 3. Construire des instruments d’action collective pour accompagner une écologisation de la santé en agriculture et en élevage 

Table ronde

Propos de clôture

conférence grand public

18h30 : conférence de M. Jacques Tassin (CIRAD) : ‘Les plantes invasives : un perpétuel ajustement à notre monde’.

Organisation

Diana Fernandez (IRD, UMR PHIM, CLAPAS) et Muriel Figuié (CIRAD, UMR MoISA, CTS SantéS)

Comité scientifique

Jean-Benoit Morel (INRAE, UMR PHIM)

Gaël Thébaud (INRAE, UMR PHIM)

Christine Chevillon (CNRS, UMR MIVEGEC)

Clémentine Allinne (CIRAD, UMR ABSys, CTS SantéS)